Je vais essayer de conclure l’Histoire. Je raconte tout pour ne rien oublier –paraît-il qu’on oublie, pour l’instant tout est encore très net dans ma tête.

Le début de la fin commence deux jours après le terme au banal Rdv de contrôle. Deux jours avant, rien n’annonçait que quoique ce soit n’allait se passer, je pensais donc que la même rengaine allait m’être sortie ce matin-là ayant même prévu ma journée et ma soirée. Je me voyais aller aux 5 jours post terme –le max dans cet hôpital, alors que depuis mes 6 mois de grossesse j’étais persuadée d’accoucher prématurément -paradoxe de Pmette. Mon état d’esprit n’était donc clairement pas à l’accouchement.

J’évoque à la sage-femme le fait que j’ai moins senti bébé bouger la nuit précédente –l’ai-je vraiment moins senti ou ai-je exagéré ? Hibou m’interroge pendant le contrôle de son cœur  -celui de Léonne pas d’Hibou, et me suggère de dire à la sage-femme que je ne l’ai pas senti du tout car il trouve que je ne suis pas claire –mais ça n’est pas clair Hibou pour moi.

Une autre personne –à présent j’emploierai le mot Elle pour évoquer la personne du corps médical qui me parle tellement j’en ai rencontrée, revient me voir et m’annonce avec une voix mi je vous annonce une bonne nouvelle, mi une moins bonne :

 « On va vous déclencher, votre bébé bouge moins et son cœur accélère ».

Je regarde Hibou un peu hébétée à moitié contente –comme la dame, l’autre moitié –malgré une certaine peur, très excitée. Léonne va naître ce week-end, c’est incroyable. Je ne pense pas un instant qu’il peut lui arriver quelque chose mais très égoïstement je pense que je vais avoir mal –encore plus m’a-t-on dit avec le déclenchement.

Elle –encore une autre personne, ok j’arrête de préciser, s’installe entre mes jambes et me pose un « tampon ». Un tampon est un drôle de nom pour une espèce de languette bien large en forme d’ancre –=pointes très piquantes, je me dis merde je suis déjà douillette. Revenez dans 4h, on contrôle. Nous passons les 4h à nous installer dans la chambre et à jouer avec Hibou –ça passe vite.

Au moment du contrôle, j’ai mal comme une douleur de règles en continu –non non je n’ai pas oublié, c’est désagréable mais supportable. Par contre, je me demande quand est le « répit » entre les contractions, j’ai l’impression d’en avoir sans discontinuité. Ce qui est confirmé par le monitoring. Elle me dit que ça avance mais les contractions doivent se regrouper  et s’intensifier. Chouette. Revenez dans 4h sauf si vous perdez les eaux ou que vous mourrez de mal.

2h plus tard : « Je meurs de mal Madame ».

Elle est un peu embêtée, me recontrôle et me dis qu’il faut attendre un peu avant de poser la péridurale. Un peu combien de temps ? Un peu. Elle me propose un bain en attendant le peu. J’ai envie de me taper la tête contre les murs à ce moment pas du tout de prendre un bain je réfléchis à comment je vais décliner son offre quand Elle revient et me dit :

« Changement de programme, on vous passe en salle de naissance, le cœur de votre bébé ralentit. »

Je regarde Hibou un peu hébétée à moitié contente à moitié inquiète. Une fois dans la salle de naissance, j’ai encore très mal. J’oubliais –ah c’est vrai qu’on peut oublier mais ça revient vite quand on s’y replonge, j’ai vraiment très mal à mourir veut dire que je vomis de douleur –désolée. Je vomis, vomis, vomis. Hibou gentiment me change les réceptacles –on est intimes ça va. Entre deux vomis, Elle me dit que l’anesthésiste arrive dans 5 minutes et que je dois m’asseoir dos rond pour être bien prête quand elle arrivera. J’y crois -naïve.

Il est aux alentours de 23h –sacré samedi soir. A chaque fois que la porte s’ouvre, je crois voir un tunnel de lumière blanche avec la personne qui entre auréolée. L’anesthésiste –je ne l’appelle pas Elle, elle, est arrivée à 0h20. Je m’en souviens car j’ai regardé la grande horloge sachant que la péridurale faisait effet 20 minutes après. Durant la pose, je vomis encore –promis c’est fini le vomi maintenant. Je ne sais pas pourquoi les hommes n’ont pas le droit d’être dans la pièce pendant la pose. Merci à ELLE –celle là c’est la dernière sage-femme que j’ai vu et qui a fait toute la nuit elle est spéciale, de m’avoir soutenue aussi bien –mieux ? qu’Hibou à ce moment-là.

A partir de là, le récit se décrispe. Le miracle se produit –non Léonne n‘est pas encore née, je n’ai plus mal –du tout. Je ne me souviens plus ce qu’on a fait –ah si maintenant ça me revient, on a regardé la télé sur l’iphone d’Hibou quelques heures -tranquille je vous dis et puis ELLE est revenue et la dernière phase s’est enclenchée.

J’ai vécu cette dernière étape comme le sprint finale du marathon avec Hibou et toute une horde de supportrices –bon 2 mais les meilleures, pour me soutenir. Allez, c’est bien, vous êtes formidables, on y va. C’était plus de l’endurance physique –j’étais en sueurs, puisque je ne sentais rien. Au bout d’un certain temps, ELLE me dit :

« Votre petite a le bras en écharpe –j’imagine littéralement ce qu’ELLE me dit le bras en forme d’écharpe, ce qui veut dire qu’à chaque fois qu’elle descend, juste après elle remonte et son cœur ralentit, on va faire venir le docteur et les forceps. »

Les forceps dans ma tête, c’était violent. Violent pour bébé mais aussi pour moi.

Une petite femme arrive, je vois à peine son visage puisqu’elle fonce derrière le drap et m’explique qu’on va la sortir à la ventouse.

La ventouse dans ma tête c’est mignon –j’avais vu l’objet en cours de préparation à la naissance, un peu moins mignon pour la future tête de Marge Simpson de Léonne pour les quelques jours qui suivront mais mignon.

Un souvenir surgit. Avant que la petite Dr n’intervienne, ELLE me dit plusieurs fois en essayant de la sortir qu’elle ne comprend pas comment Léonne est positionnée. ELLE ne sait pas bien si elle touche son oreille ou autre chose. Je me dis chelou quand même une oreille c’est assez clair comme forme.

La petite docteur me dit que Léonne regarde vers le ciel avec son bras tricoté –en écharpe et sort la ventouse pour l’aider. Elle fait un peu de ski nautique –c’est l’image d’elle que je voyais à ce moment-là. Et Léonne sort. Enfin. On est au milieu de la nuit –ou en très début de matinée. Léonne ne crie pas et ne m’est pas posée dessus. On l’emmène  tout de suite au bout de la pièce et je la vois un peu, j’ai une étrange première perception d’elle, comme si j’attendais qu’on me dise que tout va bien pour me lancer dans mon histoire d’amour. Elle me dit qu’on va lui faire un shoot d’oxygène car elle est sonnée par son arrivée au monde. Ah oui, elle avait le cordon très serré autour du cou aussi. Les minutes –ou secondes, durent un peu et ELLES reviennent. Léonne est posée en peau à peau avec Hibou juste à côté de moi. Je les regarde et me demande si mon cœur peut s’épancher. Il s’épanche sans me laisser le temps de me poser la question.

ELLE me la pose enfin sur moi, j’ai toujours peur –mon cœur s’est engagé maintenant. Elle est reliée à une machine qui n’arrête pas de biper. ELLE contrôle son cœur encore 2h car mon bébé est hypotonique. Le jour est maintenant levé. Le contrôle est bon. Léonne la molle est dynamique à présent. Nous regagnons la chambre. Tous les trois.

Notre folle histoire d’amour commence enfin. Notre folle histoire d’amour à 3. Léonne, Hibou et moi.

 

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